La location meublée non professionnelle repose sur un cadre fiscal qui a profondément bougé entre 2025 et 2026. Entre la réintégration des amortissements à la revente, la refonte des seuils micro-BIC et les nouvelles obligations déclaratives, les avantages fiscaux du LMNP ne se lisent plus de la même façon qu’il y a deux ans. Voici ce que les textes en vigueur prévoient concrètement.
Amortissement LMNP et plus-value : le mécanisme à double tranchant depuis 2025
L’amortissement du bien et du mobilier reste le levier central du régime réel en location meublée non professionnelle. Chaque année, le propriétaire déduit comptablement une fraction de la valeur du logement et des meubles, ce qui réduit, parfois à zéro, le bénéfice imposable sur les loyers perçus.
Ce mécanisme n’a pas disparu. En revanche, les amortissements déduits sont désormais réintégrés dans le calcul de la plus-value à la revente. L’article 84 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025 a mis fin à l’ancien régime qui permettait de calculer la plus-value sur le prix d’acquisition initial, sans tenir compte des amortissements pratiqués.
Concrètement, un bien acheté 200 000 euros et amorti de 50 000 euros sur plusieurs années voit sa base de calcul de plus-value réduite d’autant. Si le bien est revendu 220 000 euros, la plus-value imposable porte sur 70 000 euros et non plus 20 000. L’avantage fiscal obtenu pendant la détention se transforme en charge fiscale à la sortie.
Cette réforme change la temporalité de l’optimisation. Un investisseur qui prévoit de conserver son bien sur une très longue durée continue de bénéficier des abattements pour durée de détention applicables aux plus-values immobilières des particuliers. En revanche, pour une revente à moyen terme, le gain net de l’amortissement doit être recalculé en intégrant l’impôt sur la plus-value majorée.

Régime réel ou micro-BIC en LMNP : les nouveaux seuils applicables aux revenus 2026
La loi de finances a aussi reconfiguré le régime micro-BIC. Pour les revenus perçus à compter de 2026 (déclarés en 2027), deux trajectoires fiscales coexistent selon le type de location meublée.
- La location meublée classique (longue durée), les meublés de tourisme classés et les chambres d’hôtes bénéficient d’un seuil micro-BIC relevé à 83 600 euros avec un abattement de 50 %.
- Les meublés de tourisme non classés restent soumis à un plafond de 15 000 euros et un abattement limité à 30 %, un régime nettement moins favorable.
- Le régime réel simplifié reste accessible sur option en dessous des seuils, et obligatoire au-delà. Il permet la déduction de l’ensemble des charges réelles et l’amortissement du bien.
Le choix entre micro-BIC et régime réel dépend du volume de charges déductibles. Le micro-BIC convient aux propriétaires dont les charges représentent moins de la moitié des loyers. Le régime réel, plus complexe sur le plan comptable, devient rentable dès que les charges, amortissements compris, dépassent l’abattement forfaitaire.
Charges déductibles au régime réel : ce que couvre réellement la liste
Au régime réel, les charges déductibles ne se limitent pas aux intérêts d’emprunt et à la taxe foncière. La liste comprend aussi les frais de gestion locative, les primes d’assurance (propriétaire non occupant, loyers impayés), les travaux d’entretien et de réparation, les honoraires comptables et les frais de publicité pour la mise en location.
La taxe foncière fait partie des charges déductibles du résultat BIC en LMNP, y compris pour les revenus 2026. Ce poste, souvent sous-estimé, représente un montant significatif dans les communes où les bases locatives ont été revalorisées.
L’amortissement, lui, s’applique séparément au bâti, au mobilier et aux équipements, chacun sur une durée propre. Le terrain n’est jamais amortissable, ce qui oblige à ventiler le prix d’acquisition entre foncier et construction. Cette ventilation, réalisée par un expert-comptable ou sur la base de grilles courantes, influe directement sur le montant déductible annuel.
Obligation comptable et frais associés
Le régime réel impose la tenue d’une comptabilité conforme aux règles des BIC, avec bilan et compte de résultat. Le recours à un expert-comptable génère un coût annuel, mais ces honoraires comptables sont eux-mêmes déductibles du résultat fiscal. Les adhérents d’un organisme de gestion agréé bénéficient en outre d’une réduction d’impôt sur ces frais, dans la limite de deux tiers du montant.

Meublé de tourisme non classé : un régime fiscal désormais pénalisant
La distinction entre meublé de tourisme classé et non classé n’a jamais eu autant de conséquences fiscales. Avec un plafond micro-BIC ramené à 15 000 euros et un abattement de 30 %, les propriétaires de locations saisonnières non classées perdent l’essentiel de l’avantage forfaitaire qui rendait le micro-BIC attractif.
Pour ces loueurs, le passage au régime réel devient souvent la seule option pour maintenir une fiscalité supportable. Le classement du meublé auprès d’un organisme accrédité permet de basculer vers le régime à 83 600 euros et 50 % d’abattement, mais il suppose de respecter des critères de confort et d’équipement qui engendrent des investissements.
Les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer combien de propriétaires ont effectivement engagé une démarche de classement depuis l’entrée en vigueur de ces nouveaux seuils. Les retours terrain divergent sur ce point, certains professionnels de la gestion locative signalant une hausse des demandes, d’autres constatant un attentisme.
Déclaration et obligations administratives en LMNP : ce qui change en pratique
Au-delà du choix de régime fiscal, le statut LMNP implique une immatriculation au greffe du tribunal de commerce pour obtenir un numéro SIRET. Cette formalité, parfois ignorée des primo-investisseurs, conditionne la déclaration des revenus BIC.
La cotisation foncière des entreprises (CFE) reste due par les loueurs en meublé, y compris non professionnels. Son montant varie fortement selon la commune et la valeur locative du bien. Certaines exonérations existent (première année d’activité, location de la résidence principale), mais elles sont limitées dans le temps.
La réforme de la facturation électronique, progressivement déployée, pourrait à terme concerner les loueurs en meublé relevant du régime réel, selon les modalités précisées par les textes d’application. Ce sujet reste en cours de clarification réglementaire.
Le cadre fiscal du LMNP reste favorable pour les investisseurs qui maîtrisent ses mécanismes, mais la réintégration des amortissements à la revente et le durcissement du micro-BIC pour les meublés non classés imposent une analyse au cas par cas. Le régime réel conserve sa pertinence à condition d’intégrer la fiscalité de sortie dans le calcul global.