Un propriétaire bailleur qui rénove une passoire thermique classée F ou G peut aujourd’hui déduire jusqu’à 40 000 euros de déficit foncier par an sur son revenu global, contre 10 700 euros dans le régime classique. Ce levier fiscal, prévu par la loi Climat et résilience, reste largement sous-exploité.
Réduire ses impôts grâce aux travaux de rénovation énergétique ne se limite pas à MaPrimeRénov’ : plusieurs mécanismes de déduction, de crédit d’impôt et d’exonération se cumulent, à condition de viser les bons postes de dépenses et de respecter un calendrier précis.
Déficit foncier et rénovation énergétique : le levier fiscal le plus sous-estimé des bailleurs
La plupart des contenus sur la fiscalité de la rénovation se concentrent sur la résidence principale. Les bailleurs disposent pourtant d’un outil plus puissant : le déficit foncier majoré.
Le mécanisme est simple. Quand les charges déductibles (travaux d’amélioration, intérêts d’emprunt, assurance, gestion) dépassent les loyers perçus, la différence constitue un déficit foncier. Ce déficit s’impute sur le revenu global, ce qui réduit directement la base imposable.
Pour les travaux de rénovation énergétique permettant de sortir un logement du statut de passoire énergétique, le plafond d’imputation passe de 10 700 à 40 000 euros par an. Concrètement, un bailleur imposé à la tranche marginale de 30 % qui génère 40 000 euros de déficit foncier éligible réduit son impôt sur le revenu de manière significative, en plus des prélèvements sociaux économisés.
Conditions à vérifier avant de lancer le chantier
- Le logement doit être loué nu (non meublé) et le bailleur doit relever du régime réel d’imposition des revenus fonciers
- Les travaux doivent permettre un changement de classe DPE, en sortant le bien des étiquettes E, F ou G
On constate que beaucoup de bailleurs engagent des travaux sans avoir fait réaliser un DPE avant et après chantier. Sans cette preuve du saut de classe énergétique, l’administration fiscale peut contester le plafond majoré. Les retours varient sur ce point selon les centres des impôts, mais mieux vaut sécuriser le dossier dès le départ.

Exonération de taxe foncière après travaux de rénovation : un dispositif communal méconnu
Certaines communes et intercommunalités accordent une exonération de taxe foncière de 50 à 100 % pendant trois ans aux propriétaires qui réalisent des travaux de rénovation énergétique. Ce dispositif repose sur l’article 1383-0 B du Code général des impôts.
La démarche n’est pas automatique. Il faut d’abord vérifier que la collectivité a délibéré en faveur de cette exonération, puis déposer une déclaration auprès du service des impôts fonciers dans les 90 jours suivant l’achèvement des travaux. Le montant minimal de dépenses éligibles et les types de travaux retenus dépendent de chaque collectivité.
Ce levier se cumule avec les autres dispositifs fiscaux. Un bailleur peut donc bénéficier du déficit foncier majoré sur son impôt sur le revenu tout en étant exonéré de taxe foncière sur le même bien pendant trois ans. Pour un logement situé dans une commune à fiscalité locale élevée, l’économie cumulée devient substantielle.
TVA à taux réduit sur les travaux d’amélioration énergétique : ce qui est éligible
Les travaux de rénovation énergétique réalisés dans un logement achevé depuis plus de deux ans bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5 % au lieu de 20 %. Ce taux s’applique à la fourniture et à la pose du matériel, à condition que l’entreprise facture directement le propriétaire ou le locataire.
Les postes concernés couvrent l’isolation thermique (murs, toiture, planchers, fenêtres), les équipements de chauffage performants (pompes à chaleur, chaudières à très haute performance), les systèmes de ventilation et les équipements de production d’énergie renouvelable.
Piège fréquent sur la TVA et les travaux mixtes
Quand un chantier combine des travaux éligibles au taux réduit et des travaux qui relèvent du taux normal (agrandissement, surélévation), la ventilation doit apparaître clairement sur la facture. Si l’entreprise ne distingue pas les postes, l’administration peut appliquer le taux de 20 % à l’ensemble. On recommande de demander des devis séparés ou, au minimum, une facture détaillée poste par poste avec le taux de TVA appliqué à chaque ligne.

MaPrimeRénov’ et fiscalité : deux circuits distincts mais cumulables
MaPrimeRénov’ n’est pas un avantage fiscal au sens strict. C’est une aide directe versée par l’Anah. Elle ne figure pas sur la déclaration de revenus et ne réduit pas l’impôt. En revanche, elle se cumule avec les mécanismes fiscaux décrits plus haut.
Un point de vigilance : le montant de MaPrimeRénov’ perçu doit être déduit de la base de calcul du déficit foncier. Seules les dépenses restées à la charge du propriétaire sont déductibles des revenus fonciers. Oublier ce retraitement expose à un redressement.
Le premier semestre 2026 a vu une chute marquée du nombre de dossiers MaPrimeRénov’ déposés, avec des demandes divisées par quatre ou cinq selon les sources. Les réformes successives du dispositif et le resserrement des critères d’éligibilité expliquent ce recul. Pour les propriétaires qui passent à l’action malgré ce contexte, la combinaison MaPrimeRénov’ plus déficit foncier majoré plus exonération de taxe foncière reste le montage le plus efficace.
Déclaration fiscale des travaux de rénovation énergétique : les cases à remplir
Les dépenses de travaux déductibles des revenus fonciers se déclarent sur le formulaire 2044 (déclaration des revenus fonciers), lignes relatives aux travaux d’amélioration. Le déficit foncier qui en résulte est reporté automatiquement sur la déclaration 2042.
- Conserver toutes les factures détaillées mentionnant la nature des travaux, les matériaux utilisés et la certification RGE de l’artisan
- Garder le DPE avant travaux et le DPE après travaux pour justifier le saut de classe énergétique en cas de contrôle
- Déclarer le montant net des travaux après déduction des aides perçues (MaPrimeRénov’, CEE, aides locales)
Le label RGE (Reconnu garant de l’environnement) de l’entreprise qui réalise les travaux conditionne l’accès à la TVA réduite et à MaPrimeRénov’. Sans artisan RGE, plusieurs avantages fiscaux tombent simultanément.
Le calendrier compte aussi. Les dépenses sont déductibles l’année de leur paiement effectif, pas l’année de la signature du devis ni celle de la fin du chantier. Un acompte versé en décembre et un solde payé en janvier se répartissent sur deux exercices fiscaux distincts, ce qui peut permettre de lisser le déficit foncier sur deux années consécutives.